AVIS DE MISTRAL

Depuis quelques jours Marseille est secouée par de sacrées rafales de Mistral. Les marseillais rouspètent, pourtant quand on leur demande leur avis sur la question, chacun se sent obligé de défendre le vent, la main droite sur le cœur. « Ça nettoie l’air, ça empêche la pluie et puis, c’est un vent provençal ! » J’avais envie d’illustrer le tout dans une vidéo et me suis donc rendue courageusement sur la Corniche, THE lieu a clairement éviter en cas de rafales à 80 Km/h comme aujourd’hui. J’ai vu des chapeaux s’envoler et des gens avancer à l’aveuglette. Des touristes qui s’étaient laissés surprendre par le vent m’ont timidement demandé si c’était toujours comme ça à Marseille. Non, le Mistral n’est pas toujours aussi cruel, mais il fait définitivement partie de la vie Marseillaise, à tel point qu’il en devient banal. Lors de mes études à Angers, je me souviens avoir été surprise, quand chaque matin en ouvrant mes volets, j’apercevais des branches d’arbres parfaitement immobiles, c’est comme si la nature manquait d’air. Au moindre petit coup de vent, les angevins paraissaient vivre une apocalypse et je me moquais gentiment d’eux et de leurs parapluies éventrés. À Marseille, la vie s’organise en fonction du Mistral. Un professeur de voile de l’une des plages du Prado m’a expliqué en riant que certains de ses clients posaient des jours de congés en fonction du vent. D’autres personnes, qui se rendent sur leur lieu de travail en marchant, prévoient un temps de trajet supplémentaire le matin. Les plages s’envahissent de cerfs-volants et je suis heureuse de voir que les marseillais ne restent pas cloîtrés chez eux dans l’attente d’une accalmie. Ils regardent avec admiration le ciel se dégager, les vagues exploser et se moquent des gens comme moi, qui longent la Corniche en cas d’avis de Mistral. (J’entends encore rire le pêcheur qui a observé une vague s’écrouler sur moi).

LES VRAIES NAVETTES

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Ce que je trouve fascinant avec les navettes, ce sont les légendes qui les entourent. J’ai l’impression que chaque marseillais y va de son mythe, de son anecdote et j’écoute chaque version avec beaucoup d’intérêt (même si je suis persuadée qu’on me raconte des salades). La navette, c’est une pâtisserie provençale à la fleur d’oranger qui remplace souvent les crêpes lors de la Chandeleur. En Provence, on est loin d’attendre la Chandeleur pour en manger, c’est une pâtisserie très populaire car elle est simple et peu couteuse à réaliser. La légende raconte que la navette représente de par sa forme la barque qui aurait emmené les trois Saintes Maries en Provence. Pour beaucoup de marseillais, la version officielle est nettement moins religieuse, disons, pour rester élégants, que les navettes représenteraient la fertilité. Le Four des navettes au 136 rue Sainte, à deux pas de l’Abbaye Saint-Victor, est la plus vieille boulangerie de Marseille ! Il paraît que son propriétaire détient LE secret des navettes, c’est presque mystique. En rentrant dans la boutique, on a le sentiment que le temps s’est arrêté. Caché rue Sainte, l’endroit représente à lui tout seul le Marseille que j’aurai aimé connaître, authentique, comme dans les vieux films. Une douce odeur de fleur d’oranger envahie chaque recoin, elle fait surgir un gros paquet de souvenirs et donne envie de repartir les bras chargés de biscuits. C’est un voyage dans le temps qui prouve à quel point la ville est attachée à ses traditions et je suis heureuse de voir qu’elles ne sont pas réservées aux touristes mais bien intégrées dans les habitudes des marseillais, qui n’attendent définitivement pas la Chandeleur pour manger des navettes. 

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LES MURS MARSEILLAIS

Je crois que le montage de cette vidéo donne de l’inspiration à ma coloc Julie qui est entrain de siffloter comme un petit rossignol dans sa chambre. 

Je réalise que beaucoup de personnes de mon entourage, qui ne connaissent pas Marseille, en ont une image horriblement négative. La violence, la saleté, les murs remplis de tags insultant la police, des voitures qui brûlent tous les mètres, des stations de métro où mieux vaut ne pas poser un orteil sont souvent les clichés qui alimentent les conversations. Je n’ai pas encore fait un tour complet de la ville, mais j’essaie d’élargir mes balades loin de ma « zone de confort » qu’est le centre-ville, pour explorer de nouveaux coins et me faire ma propre idée de Marseille. Depuis un an, comme on peut s’en douter, n’en résulte qu’une idée très positive. Je pense avoir dépassé la phase d’émerveillement qui se produit souvent lorsque l’on s’installe dans une nouvelle ville et qui pourrait rendre mon jugement naïf ; je prends conscience des points négatifs qu’implique la vie ici et pourtant, je suis toujours aussi excitée à l’idée de vivre dans le coin. J’avais envie de parler des façades marseillaise depuis un bon bout de temps, mais sans image à l’appui, c’est pas évident. Loin des clichés sur la violence des tags marseillais, je suis toujours aussi surprise de découvrir de véritables oeuvres d’art sur les murs. Le quartier de la Plaine est comme un musée à ciel ouvert, flâner dans ses rues sans appareil photo c’est prendre le risque de s’en mordre les doigts. Des artistes se sont emparés de chaque centimètre de mur pour laisser libre court à leur imagination, ce qui rend l’atmosphère incroyablement poétique. C’est ce que j’aime par dessus tout ici : le fait de s’approprier la ville, ses murs, ses parcs, ses rues, rien ne reste figé, Marseille est aux marseillais. Et puis sur ces façades, il n’y a pas que des tags. Vous pouvez être sûrs de voir du linge sécher par les fenêtres, sous le Mistral, dans toutes les rues. Des pots de fleurs multicolores accrochés ici et là, des drapeaux supportant une équipe de foot, des messages scotchés sur des portes, que des voisins se laissent entre eux. Des messages révoltés, des appels au rassemblement, des avis politiques à n’en plus finir. Des déclarations d’amour à gogo, DES DEMANDES EN MARIAGE (vers le Vallon des Auffes, si vous passez votre tête par dessus la Corniche vous apercevrez un « Will you marry me? », à deux pas de la mer, qui me rend gnian-gnian puissance 8 millions dès que je le vois). Sûrement dû au beau temps continuel, plutôt que de rester cloitrés dans un appartement, les marseillais habitent littéralement leurs rues et en décorent les murs. On se rencontre entre voisins, on scotche des petites annonces sur les façades, on discute sur un trottoir, on est à la maison.

# Julie s’attaque à la playlist Disney. 

OKAASAN

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Il y a quelques jours, trois de mes colocataires et moi étions à la recherche tardive (20h30, un vendredi soir, on sait être optimistes) d’une table de libre dans un restaurant en centre-ville pour fêter le début du week-end. Notre QG à Marseille, c’est le populaire Dos Hermanas, à deux pas du Cours Julien, où l’on se sent aussi bien qu’en Espagne. Mais avant de faire une overdose de sangria et de jamón serrano, nous nous sommes décidés à découvrir un nouveau lieu, avec toujours les mêmes critères : bon et pas cher. Nous nous sommes retrouvés Rue des 3  Rois, devant le restaurant japonais Okaasan, en se disant que ça pourrait être marrant, et c’est rien de le dire ! Une réservation de 4 personnes venait justement de s’annuler, ce qu’on a tout de suite considéré comme un signe du destin. Le restaurant est minuscule et plein à craquer, on s’avance lentement en se cognant contre les tables et en se demandant où est-ce que l’on va être installés. Un serveur nous invite à le suivre à l’étage (une toute petite mezzanine), à enlever nos chaussures et à nous installer autour d’une table basse où l’on peine à faire passer nos jambes (à éviter si vous mesurez 1m95). Le fait de voir mes colocs gigoter en chaussettes pour trouver une position confortable m’a immédiatement donné envie de revenir pour revivre cette scène. La décoration de l’espace est particulièrement travaillée et complètement dépaysante. Pas de fourchette à l’horizon, on essaie de se remémorer vaguement comment utiliser des baguettes et c’est pas gagné. On jette un coup d’oeil à la carte, qui est tout simplement illisible. Et c’est là que ça devient drôle, chacun essaie de prononcer les noms de plats japonais avec un accent non répertorié, de faire des pronostics sur le contenu des menus tout en se donnant des coups de pieds sous la table pour essayer de gagner de l’espace. J’imagine que ce n’est pas le genre de soirée qui plaira à toute le monde, mais nous on aime plutôt bien l’ambiance colonie de vacance. Le serveur remonte vers nous, enlève ses chaussures pour la 368ème fois de la soirée, nous observe en souriant, nous raconte 2/3 anecdotes japonaises et prend notre commande. Des jeux japonais hilarants étaient disposés sur les tables pour nous faire patienter, ce qui a fonctionné à merveille puisque nous n’avons pas vu le temps passer, trop concentrés à réussir un strike avec le bowling de poche en plastique fluorescent. Nos plats respectifs étaient délicieux, divisés en plusieurs assiettes servies au fur et à mesure par le pauvre serveur, condamné à une série d’allers-retours particulièrement sportive. Nous avons ainsi pu papoter avec lui tout au long du repas et avons beaucoup appris sur la gastronomie japonaise. Pour finir la soirée, il nous conseille un saké de riz japonais, servi dans une jolie petite bouteille, qui fait pleurer les yeux mais donne envie de rire encore plus. Nous nous rendons compte à la fin de notre repas qu’il est déjà très tard et que la salle d’en bas est presque vide.Être isolés sur cette petite mezzanine japonaise a rendu notre soirée aussi intime que joyeuse et dépaysante. Je réalise avec un peu de honte que j’ai toujours résumé la cuisine japonaise aux sushis, hors ici, pas de sushis à l’horizon, mais bien une cuisine japonaise traditionnelle.  Je rêve déjà d’y retourner ! 

Pour passer une soirée qui s’annonce bien marrante, rdv au 9 rue des Trois Rois, à Marseille. Mieux vaut réserver au 06 65 75 56 22 pour avoir accès au VIP ROOM (la petite mezzanine avec le bowling de poche sur les tables).

HOW TO DO LA BOUILLABAISSE

Que l’on soit clairs : la recette qui va suivre est à éviter si vous avez 20mn de pause déjeuner, si vous êtes sujets au cholestérol ou que vous comptiez enchaîner le repas avec un premier rendez-vous galant (votre haleine s’apprête à devenir une arme de destruction massive). 

Dans le cas inverse, vous avez devant vous la recette traditionnelle de la bouillabaisse ! Ce plat typique de Marseille est composé de soupe de poisson, de pommes-de-terre, de rouille et de poissons entiers. C’est un repas très populaire, appelé « le plat des pauvres » car il était à l’origine composé de restes de poissons ramenés par les pêcheurs. Si l’on remonte à la mythologie romaine, l’histoire raconte que ce serait le repas qu’aurait donné la déesse Vénus à Vulcain, le dieu du feu, pour l’endormir et aller faire la fiesta avec Mars, le dieu de la guerre. Amazing. Aujourd’hui, la bouillabaisse marseillaise est particulièrement onéreuse dans les restaurants, presque traitée comme un met gastronomique dû au nombre et à la qualité des poissons cuisinés. Mieux vaut éviter les restaurants du Vieux-Port qui en proposent évidemment aux  nombreux touristes désireux de manger le plat typique de la ville avec une vue sur la Bonne Mère. Les bouillabaisses du Vieux Port, niveau qualité/prix, c’est pas folichon. Il paraît que la meilleure est servie au restaurant Chez Fonfon, avec vue directe sur le Vallon des Auffes, mais ce n’est franchement pas donné. La meilleure alternative, c’est la bouillabaisse maison ! C’est un sacré challenge si vous voulez reproduire la recette traditionnelle, celle où l’on fait la soupe de poisson soi-même avec des poissons achetés le matin, presque une journée entière de travail ! Mais si vous êtes en bonne compagnie, ce sera à coup sur un moment joyeux et convivial. Mon coloc Tanguy est un vrai marseillais, un de ceux qui aiment Marseille et ses traditions. Tôt le matin, alors que je descends endormie dans la cuisine pour me remplir un bol de céréales, je le trouve entouré d’une trentaine de poissons, sifflotant au son de vieilles chansons marseillaises. Parce-que pour faire une bonne bouillabaisse, il faut se mettre dans l’ambiance. Tanguy, il chante, il danse, il coupe de l’ail, il imite la voix de Fernandel, il nous fait rire. Alors je m’assoie dans la cuisine, pour assister à ce drôle de spectacle. Sauf que pour préparer une bouillabaisse pour 10 personnes, Tanguy a besoin de commis de cuisine. Il nous réquisitionne donc, sa copine Arianne et moi, pour lui filer un petit coup de main. On est désormais super fières de pouvoir dire à tout le monde que l’on maîtrise la recette ET la voix de Fernandel. Divisé en 10, nous en avons eu pour  8 euros/ personnes et 8 euros pour une bouillabaisse aussi cool, c’est clairement imbattable. J’admets que les images des étapes de préparation que l’on voit dans la vidéo n’ont pas l’air ultra appétissantes et POURTANT, le résultat était délicieux, j’en ai les larmes aux yeux. 

Pour 10 personnes : 

  • 8 kilos de divers poissons
  • 1 quinzaine de dorades
  • 35 pommes de terre
  • De l’ail à gogo
  • Du spigol, une épice proche du safran
  • De l’huile d’olive 
  • 10 tomates mûres
  • 1/2 feuille de laurier 
  • 10 brins de thym
  • 1 jaune d’oeuf
  • 1 cuillère à café de moutarde
  • Un chouïa de Paprika 
  • Sel / poivre

 1) La soupe de poisson : 

Vider les plus gros poissons du lot de 8 kilos (âmes sensibles s’abstenir), laisser les petits entiers et tout enfouir dans deux grandes casseroles de 5l d’eau bouillante. Ajouter 7 gousses d’ail, de laurier, le thym, les tomates coupées en gros morceaux, saler, poivrer et laisser cuire jusqu’à ce que les poissons se laissent facilement décomposer à l’aide d’une spatule en bois. Laisser mijoter puis ajouter 4 ou 5 sachets de spigol par casseroles ainsi que 3 grosses cuillères de concentré de tomate. Remuer avec amour et délicatesse. Boire un verre de vin. 

Pendant que tout mijote, vous pouvez préparer des croûtons de pain et les frotter généreusement avec des gousses d’ail. Au bout de deux bonnes heures de cuisson, se rapprocher des casseroles qui seront la base de la soupe de poisson ! Transférer le mélange dans un moulin à légumes à l’aide d’une louche et tourner le manche énergiquement pour filtrer les bouts de poissons récalcitrants. Et là, c’est du sport les gars. Boire un deuxième verre de vin. 

2) La rouille : 

Dans un bol, mélanger le jaune d’oeuf et la cuillère de moutarde. Battre énergiquement avec une fourchette, en versant au fur et à mesure l’huile d’olive, jusqu’à ce que le résultat soit ferme et appétissant. Ajouter 3 gousses d’ail écrasées et une cuillère à café de paprika. Conserver au frigo jusqu’à ce que la bouillabaisse soit servie.

3) Les poissons : 

Une fois cette étape terminée, vous aurez fait le plus gros du travail ! Il ne restera plus qu’à faire bouillir les pommes de terre, à les plonger accompagnées des dorades dans la soupe de poisson et à laisser mijoter quelques minutes, jusqu’à ce que les dorades soient cuites. Pour la disposition, verser un fond de soupe dans une assiette creuse, y placer une dorade ainsi que deux ou trois (ou huit si vous avez un bon petit creux) pommes de terre. La rouille est dans un bol à part, tartinez la sur les croûtons avant de les plonger dans la soupe de poisson. Servez-vous un troisième verre de vin et bon appétit !