Histoires et légendes de Provence #2

Le Lièvre du Pont du Gard

Avez-vous déjà visité le site du Pont du Gard, à coté du village de Remoulins ? Cet immense pont-aqueduc a été construit par les Romains, au Ier siècle après J.-C, vers l’an 50, sous le règne de l’Empereur Claude. C’est une merveille architecturale, chère aux Gardois qui ont tous une anecdote à partager à ce sujet. Comme je ne déroge pas à la règle, j’aime raconter à qui veut bien l’entendre que c’est au pied du Pont du Gard que mes grands-parents sont tombés amoureux, en dansant ensemble lors des traditionnels bals qui y étaient organisés.

Mais l’histoire qui nous intéresse aujourd’hui bouleverse tout ce que nous pensions savoir au sujet de l’aqueduc. En effet, quelque part dans les croyances et l’imaginaire provençal, une légende raconte que ce ne sont pas les romains, mais le diable qui aurait construit cet immense pont, en une seule nuit.

Il y a très longtemps, la rivière du Gardon était réputée infranchissable. Rapide et agitée, elle terrifiait les riverains qui perdaient peu à peu l’espoir de la traverser un jour, risquant de se faire violemment emporter par les flots. Ils décidèrent pourtant un jour d’y construire un pont, mais le maître maçon qui s’était chargé de la construction n’en arrivait pas à bout. Chacun de ses essais se transformaient en échecs, emportés par de violentes « gardonnade » (inondations du Gardon). Un soir, alors que morne et seul il regardait de la rive son travail effondré par la rage du Gardon, il cria, désespéré : « Cela fait trois fois que je recommence, maudite soit ma vie ! Il y aurait de quoi se donner au diable !… » Et aussitôt, le diable se présenta à lui. « Si tu veux, lui dit le diable, moi je te bâtirai ton pont, et, je te réponds que, tant que le monde sera monde, jamais Gardon ne l’emportera… » « Je veux bien, dit le maçon. Et combien me feras-tu payer ? » « Oh ! peu de chose : le premier qui passera sur le pont sera pour moi. »

Le maître maçon accepta, perplexe. Aussitôt, le diable, à griffes et à cornes, arracha à la montagne des blocs de roche prodigieux et bâtit un immense et splendide pont, comme on n’en avait jamais vu. L’homme, époustouflé, rentra chez lui pour raconter à son épouse, cet accord passé avec le diable. « Le pont, dit-il, sera fini demain à la prime aube. Mais ce n’est pas le tout. Il faut qu’un pauvre malheureux se damne pour les autres… Qui voudra être celui-là ? L’épouse du maître mâcon qui était maligne, lui suggéra alors de prendre un lièvre, que leur chienne venait d’attraper, et de le lancer sur le pont dès les premières lueurs du jour, le lendemain matin. Satisfait par cette proposition permettant d’éviter un sacrifice humain, l’homme retourna dès les premières lueurs du jour à l’endroit où le diable venait de bâtir son œuvre et lança le lièvre sur le pont. Le diable, qui était à l’affût à l’autre bout, reçoit vivement le lièvre dans son sac… Mais, en voyant qu’il s’agit d’un lièvre, le saisit avec fureur et le jette contre le pont, avant de disparaître au fond d’un gouffre. On dit que depuis, si l’on regarde bien à un certain endroit du point, on peut encore apercevoir la forme d’un lièvre…

Cette histoire vous a t-elle plu ? Elle est toujours tirée du livre répertoriant les mythes provençaux : « Histoires et Légendes de la Provence Mystérieuse » aux éditions Claude Tchou. Je vous laisse choisir la prochaine, j’hésite entre la légende de Marie-Madeleine à la Sainte-Baume, l’histoire de la terrifiante reine Jeanne ou bien celle de la deuxième Tarasque… A vous de choisir en commentaire, via facebook ou instagram ! A très vite 🙂

P.S : pour découvrir le premier mythe « d’Histoires et Légendes de Provence », autour de la cruelle et terrifiante Tarasque des bords du Rhône, rendez-vous ici 🙂

English version :

The Hare of Pont du Gard

Have you ever visited the Pont du Gard site, near the village of Remoulins? This huge aqueduct bridge was built by the Romans in the 1st century AD, around the year 50, during the reign of Emperor Claudius. It is an architectural marvel, dear to the Gardois who all have an anecdote to share on this subject. As I am no exception to the rule, I like to tell anyone who will listen that it was at the foot of the Pont du Gard that my grandparents fell in love, dancing together during the traditional balls that were organized there.

But the story that interests us today turns everything we thought we knew about the aqueduct upside down. Indeed, somewhere in the beliefs and the imagination of Provence, a legend tells that it is not the Romans, but the devil who would have built this immense bridge, in one single night.

A very long time ago, the Gardon river was reputed to be impassable. Fast and agitated, it terrified the residents who gradually lost hope of crossing it one day, risking being violently carried away by the waves. However, one day they decided to build a bridge there, but the master mason who had taken charge of the construction did not succeed. Each of his attempts turned into failures, swept away by violent « gardonnade » (floods of the Gardon). One evening, while gloomy and alone he was looking from the shore at his work collapsed by the rage of the Gardon, he cried in despair: « I’ve been doing it three times over, damn my life! There would be something to give to the devil. ! … « And immediately the devil presented himself to him. « If you want, » said the devil to him, « I will build your bridge for you, and, I answer you that, as long as the world is world, Gardon will never win … » « I am willing, » said the mason. And how much will you charge me?  » « Oh! Not much: the first to cross the bridge will be for me. »

The master mason accepted, perplexed. Immediately, the devil, with claws and horns, tore stupendous blocks of rock from the mountain and built an immense and splendid bridge, such as had never been seen before. The man, blown away, returned home to tell his wife about this agreement with the devil. « The bridge, » he said, « will be finished tomorrow at dawn. But that’s not all. A poor unfortunate must die for the others … Who will want to be that one? The wife of the master mâcon who was clever, then suggested to him to take a hare, which their dog had just caught, and to throw it on the bridge at the first light of the day, the next morning. Satisfied by this proposal allowing to avoid a human sacrifice, the man returned at the first light of day to the place where the devil had just built his work and threw the hare on the bridge. The devil, who was on the lookout at the other end, receives warmly the hare in its bag … But, seeing that it is a hare, seizes it with fury and throws it against the bridge, before disappearing into the bottom of a chasm. It is said that since then, if we look at a certain place of the point, we can still see the shape of a hare …

Did you like this story? It is always taken from the book listing the myths of Provence: « Histoires et Légendes de la Provence Mystérieuse » published by Claude Tchou. I let you choose the next one, I hesitate between the legend of Marie-Madeleine at Sainte-Baume, the story of the terrifying Queen Jeanne or that of the second Tarasque … You choose in the comments, via facebook or instagram! See you soon 🙂

P.S: to discover the first myth of « History and Legends of Provence », click here 🙂

Un commentaire sur “Histoires et légendes de Provence #2

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s