Mireille et Vincent, une passion provençale

Écrit en 1859 par Frédéric Mistral (qui signe alors sa première œuvre!), Mirèio (Mireille) est un long poème, divisé en douze chants et rédigé en provençal. Traduit en français et adapté en proses par Frédéric Mistral lui même, ce poème épique raconte l’éprouvante histoire d’amour qui va lier deux jeunes provençaux, Mireille et Vincent, dont les origines sociales différentes rendent l’union impossible. Une sorte de Roméo et Juliette dont l’action se déroule en plein cœur de la Provence rurale du 19ème siècle, chère au cœur de Mistral. Le récit est aussi beau que bouleversant : Mistral décrit avec passion lyrisme et justesse les ardeurs de la jeunesse et de l’amour, la splendeur de la nature et la simplicité de la vie agricole du Midi. On y retrouve des terres connues : les Alpilles, la Crau (une grande étendue caillouteuse bordant le Rhône), Vallabrègues, la Camargue… Des légendes importantes : le miracle des Saintes-Maries-de-la-Mer, et des métiers oubliés : le vannier, le pâtre … C’est un plongeon aussi tragique qu’attendrissant dans la Provence authentique que Frédéric Mistral a eu à cœur de défendre tout au long de sa vie. Si vous aimez les histoires d’amour poignantes, je ne peux que vous encourager à découvrir l’œuvre (la version française se consulte en libre accès sur internet) je suis certaine qu’elle vous émouvra autant que moi… En voici pour l’instant un aperçu :

C’est l’histoire de Mireille, une belle provençale de quinze ans aux longs cheveux noirs, fille de riches paysans. Elle est joyeuse et pleine de vie, s’occupe de vers à soie dans la campagne des Alpilles, entourée de sa famille, de ses amies et de quelques prétendants. Elle rencontre un jour Vincent et son père, tous deux vanniers, demandés par ses parents pour réparer des objets d’osier dans leur propriété. Mireille est impressionnée par l’habileté de Vincent qui n’a pas encore seize ans et qui semble connaître bien des choses. Ils bavardent longtemps ensemble, sans plus avoir envie de s’arrêter. Vincent s’étonne de l’innocence de Mireille, qui ne s’est jamais aventurée bien loin, pas même aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Il lui raconte alors les miracles qui s’y produisent, expliquant que c’est là-bas qu’il faut se rendre pour se sauver d’une situation désespérée :

« Mais si jamais un chien, un lézard, un loup, ou un serpent énorme, ou toute autre bête errante, vous fait sentir sa dent aiguë ; si le malheur vous abat, courez, courez aux Saintes ! vous aurez tôt du soulagement »

Illustration de Mireille et Vincent par Victor Leydet

Ensemble, ils sauvent un nid de jeunes oiseaux, bavardent pendant des heures sous l’air doux du mois de Mai, Vincent aide Mireille dans ses travaux de vers à soie, jusqu’au point fatidique où ils tomberont amoureux :

« Comme, dans le même sac, ils mettaient les feuilles ensemble, une fois les jolis doigts effilés de la fillette se rencontrèrent emmêlés avec les doigts brûlants, les doigts de Vincent. Elle et lui tréssaillèrent ; leurs joues se colorèrent de la fleur d’amour, et tous deux à la fois d’un feux inconnu sentirent l’échappée ardente. »

Ils ne tarderont alors pas à se déclarer amoureux, tous deux agités par une passion dévorante :

« Tu es donc magicienne, pour que ta vue me dompte ainsi, pour que ta voix me monte à la tête, et me rende insensé, comme un homme pris de vin ? Ne vois-tu pas que ton embrassement a mis le feu dans mes pensées ? Car, tiens ! Si tu veux le savoir, au risque que de moi, pauvre porteur de falourdes, tu ne veuilles faire que ta risée, je t’aime aussi, je t’aime, Mireille ! Je t’aime de tant d’amour que je te dévorerais ! »

Mais ce début d’idylle arrive vite aux oreilles des nombreux prétendant de Mireille. Alari le riche éleveur de chèvres et de brebis est l’un d’entre eux. Jaloux, il provoque un combat avec Vincent, qui, gravement blessé, devra être emmené d’urgence auprès de la « sorcière des Baux », dans un coin obscur du Vallon d’Enfer. « Plus la plaie est dangereuse, plus la sorcière est puissante ! » Il s’agira pour Vincent et Mireille d’une première occasion d’éprouver leur amour brûlant, se promettant après cette épreuve un amour éternel. Pourtant, les parents de Mireille sont loin d’accepter cette relation. Vincent n’est qu’un modeste vannier, il ne correspond pas à leur classe sociale, une union est inimaginable. Furieux, le père de Mireille se montre virulent :

« Tu as refusé le pâtre Alari, celui qui possédait mille bestiaux ! refusé Véranet le gardien ; rebuté, par tes manières dédaigneuses, Ourrias, le riche pasteur de génisses ; et puis, un freluquet, un garnement suffit pour te séduire ! Eh bien ! Vas-y, de porte en porte, avec ton gueux courir les champs ! Tu t’appartiens, pars ! bohémienne !… Oui ! à la Roucane, à Beloun la Roubicane associe-toi ! Sur trois cailloux, avec la chienne, va cuire ton potage, abritée sous la voûte d’un pont ! »

Prise d’une tristesse infinie, Mireille se rappelle alors les mots de Vincent, lui racontant les miracles que réalisent les Saintes de Camargue. Déterminée, elle décide au beau milieu de la nuit de s’y rendre, seule, à pied, pour implorer les Saintes et rétracter l’infernale décision de ses parents.

« Dans sa chambrette sombre, où la nuit qui brille prolonge son rayon, Mireille est dans son lit couchée qui pleure toute la nuitée, avec son front dans ses mains jointes : Notre-Dame-d’Amour, dites-moi ce que je dois faire ! »

Elle commence alors ce périlleux voyage, traverse à grandes enjambées les plaines de la Crau, rencontre sur son passage des témoins ahuris la prenant pour folle et éprouve les premiers rayons ardents du soleil de juin, qui causeront sa perte :

« Elle met son tablier ; sur le sein, de son fichu de mousseline elle se croise à petits plis le virginal tissu. Mais son chapeau de Provençale, son petit chapeau à grandes ailes pour défendre des mortelles chaleurs, elle oublia, par malheur, de s’en couvrir la tête…. »

Car le soleil du sud est impitoyable. Mireille poursuit sa course effrénée à travers les plaines, sous une chaleur suffocante. Elle ne s’arrête pas, malgré la fatigue, la chaleur étouffante, la soif et ce mal de tête éprouvant qui commence à se faire sentir. Elle hallucine, en croyant apercevoir l’église et les toits des Saintes-Maries-de-la-Mer, est prise de vertiges, mais continue sa route à travers les interminables étendues camarguaises. Et puis, en se tenant la tête, elle tombe, sous le coup d’une insolation terrible, entamant un dialogue avec les fameuses Saintes, alertées par son cas. Les Saintes racontent alors à Mireille leur propre périple pour rejoindre la Provence (dans une barque sans voile ni rame) et lui laissent entrevoir le bonheur qui l’attend aux Cieux. Retrouvée à terre, Mireille est emmenée à l’église où mourante mais sereine, elle fait ses adieux à ses proches, dont Vincent, désespéré. Elle raconte son entrevue avec les Saintes, précisant qu’elles l’attendent pour partir, et rend son dernier souffle, souriante.

Illustration de Mireille dans les plaines camarguaises par Marianne Clouzot

L’œuvre de Mistral est également représentée en opéra

Lors d’une prochaine visite aux Saintes-Maries-de-la-Mer, n’oubliez pas votre chapeau et surtout ouvrez grand les yeux, vous apercevrez sûrement sur une petite place portant le nom de son créateur, une statue de Mireille, se tenant la tête, le regard tourné à jamais vers l’église.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s