La table provençale

En Provence, l’art de la table a une importance bien particulière. La preuve, c’est qu’on y passe des heures, à table. L’été, les repas s’éternisent jusqu’à tard dans l’après-midi, protégés du soleil par l’ombre des grands arbres. L’hiver, quand le soleil se couche tôt, il n’est pas rare de se rendre compte à la fin du déjeuner qu’il fait déjà nuit dehors. Lors des grands repas de famille, les nappes changent en fonction de la saison, des fêtes du moment. La vaisselle se transmets de génération en génération, les serviettes s’accordent aux couleurs prédominantes de la table. Rien n’est pourtant trop pompeux ou sophistiqué, tout est fait pour être chaleureux, accueillant. L’amour que l’on porte pour ses invités se transmet alors par la beauté de la table qui les reçoit et le leur par le temps qu’ils restent assis autour de la table, à faire volontairement durer des conversations pour ne pas avoir à se quitter.

Quand j’étais enfant, toute la famille se réunissait chez ma grand-mère le dimanche, pour « la pintade dominicale ». Nous venions tôt dans la matinée, pour aider en cuisine et mettre la table tous ensemble. Nous sortions de la vieille commode en bois une des belles nappes Souleiado de ma grand-mère, choisissions de la vaisselle assortie, disposions les lourds couverts en argent avec une beaucoup de rigueur. Je me rappelle des longs repas où ennuyée par les conversations d’adultes, je suivais avec mon index les motifs dessinés sur la nappe, cette fascination me permettait souvent de patienter jusqu’au dessert.

A

Aujourd’hui, j’ai ma propre nappe Souleiado, celle qui je le sais, me suivra toute ma vie, accompagnera tous mes moments importants. J’imagine déjà comment je recevrai ma famille à mon tour, dans quel meuble je rangerai mes trésors de table, comment je rendrai le moment important.

Il y a quelques jours, Adrien et moi nous retrouvions dans le centre du village de Lauris, pour un pique-nique, avec vue sur la Durance. Un moment simple, que j’avais envie de rendre important parce-qu’il témoigne de la douceur de nos vies ici : se retrouver un soir d’été pour dîner, s’approprier le village, savourer un verre de vin sous le chant déclinant des cigales… Un moment de vie banal, qui déborde pourtant de bonheur. Alors, j’ai mis les petits plats dans les grands, sorti de jolies assiettes (pas le plus pratique en pique-nique…), des verres élégants, quelques Tournesols cueillis sur le chemin, et ai tout disposé sur ma belle nappe, en pensant très fort à la pintade du dimanche.

picnic

J’espère que chez vous aussi, la table rassemble les gens que vous aimez. Racontez moi les meilleurs souvenirs que vous en avez et passez une belle journée, on se retrouve mercredi par ici 🙂

C

D

English version :

In Provence, the table’s art (art de la table) has a very particular importance. The proof is that we spend hours there, around the table. In summer, meals drag on until late in the afternoon, protected from the sun by the shade of tall trees. In winter, when the sun goes down early, it is not uncommon to realize at the end of lunch that it is already dark outside. During long family meals, the tablecloths change according to the season, the holidays of the moment. The dishes are passed down from generation to generation, the napkins match the predominant colors of the table. Nothing is too pompous or sophisticated, everything is done to be warm, welcoming. The love we have for our guests is then transmitted by the beauty of the table that receives them and theirs by the time they remain seated around the table, deliberately making conversations last so we don’t have to leave each other.

When I was a child, the whole family gathered at my grandmother’s on Sundays, for « Sunday guinea fowl ». We came early in the morning, to help in the kitchen and to set the table all together. We would take one of my grandmother’s beautiful Souleiado tablecloths from the old wooden chest of drawers, choose matching crockery, arrange the heavy silver cutlery with extreme rigor. I remember long meals where, bored by adult conversations, I followed with my finger the patterns drawn on the tablecloth, this fascination often helped me to wait until dessert.

Today I have my own Souleiado tablecloth, the one that I know, will follow me all my life, will accompany all my important moments. I can already imagine how I will receive my family in my turn, in which cabinet I will store my table treasures, how I will make the moment important.

A few days ago, Adrien and I met in the center of the village of Lauris, for a picnic, with a view of the Durance. A simple moment, which I wanted to make important because it testifies the sweetness of our lives here: to meet on a summer evening for dinner, to appropriate the village, to savor a glass of wine under the declining song of cicadas … A banal moment of life, which nevertheless overflows with happiness. So, I did things « en grand », took out pretty plates (not the most practical for a picnic …), elegant glasses, a few Sunflowers picked on the way, and arranged everything on my beautiful tablecloth, thinking very hard about the Sunday guinea fowl.

I hope that at your house too, the table brings together the people you love. Tell me the best memories you have and have a nice day, see you on Wednesday here 🙂

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s